La campagne électorale pour l'élection
présidentielle de 2012 est lancée... de l'autre côté de l'Atlantique. Par un
courriel adressé à son réseau de supporters, Barack Obama a sobrement annoncé
qu'il briguait un second mandat de président des États-Unis d'Amérique
« Aujourd'hui nous remplissons les formulaires pour lancer notre campagne
de 2012 ». L'argument avancé est celui de l’œuvre politique inachevée
« Nous avons toujours su qu'un changement durable ne serait ni rapide, ni
facile. Ce n'est jamais le cas ». Pour l'heure, les militants démocrates ne
doivent pas (encore) sortir le carnet de chèques. Mais cela ne saurait tarder
dans un contexte politique très clintonien. Du moins en apparences.
Novembre 2008 - novembre 2010. Deux ans
déjà. Deux ans pendant lesquelles l'Amérique est apparue tour à tour réfléchie,
progressiste et admirable (Barack Obama) puis gougnafiasse, réactionnaire et
détestable (le mouvement Tea Party). Une dichotomie qui devait tourner
à un affrontement politique inédit à l'occasion de ces élections de mi-mandat
cuvée 2010. En réalité le résultat de ce scrutin s'avère cruellement banal pour
Obama. L'administration en place a été sanctionnée : midterms as
usual. Rappellons que lors des échéances électorales de 1994 la
"révolution républicaine" frappa de plein fouet Bill Clinton - perte des deux
chambres au Congrès - ce qui ne l'empêcha pas d'être (très) confortablement
réélu en 1996. Les excès et les approximations des commentateurs des deux côtés
de l'océan Atlantique - "La Claque" - a titré Libération le 4 novembre dernier
- ne sont que le retour des balancier des louanges outrancières qui
accompagnèrent l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. Les vraies leçons
sont autres.
Couleurs délavées, image tremblante, vue
subjective, son oppressant, jeune militaire casqué et viril... La
bande annonce du dernier blockbuster guerrier de l'industrie vidéo-ludique ?
Non, la nouvelle campagne de l'armée de terre matraquée par ondes numériques et
analogiques. "Devenez-vous même" qu'ils disent. Par ce que la guerre c'est
"fun" et que depuis la première guerre en Irak en 1991 c'est même
"propre". Déchiqueté, amputé et tué on l'est, mais seulement dans le camp d'en
face. Du "bon" côté de la ligne de front on réapparait à l'infini, comme dans
tout bon jeu de tir à la première personne qui se respecte. Une violente
distorsion de la réalité. A l'été 2008, 10 soldats français meurent dans la
vallée d'Uzbeen en Afghanistan. La France réalise alors que la guerre tue
(encore) et qu'elle a envoyé 3000 soldats dans la chienlit afghane. La Grande
Muette continue elle son ramdam cynique. Bien plus que sa
professionnalisation , c'est son américanisation qui en cours depuis la
fin du service militaire en 1996 - à quand des stands dans les supermarchés ?
Drôle d’État qui préfère que ses jeunes balancent des grenades en Afghanistan
plutôt que des pavés place de la Bastille.
Les critiques sont aussi violentes à
l'égard de Barack Obama que les louanges furent excessives. L'Obama-bashing a
en quelque sorte suppléé l'Obamamania dans les élites médiatiques de l'autre
coté de l'Atlantique - comme de ce côté ci d'ailleurs. Les bénéficiaires de ce
caricatural retournage de veste sont tout trouvés : les plus extrémistes des
conservateurs américains qui a défaut d'être les plus nombreux s'avèrent les
plus virulents, le mouvement Tea Party contre la couverture maladie universelle
en a fait l'éclatante démonstration. Les nantis capitalistes de Wall
Street se réjouissent aussi de cette période de turbulences pour
l'administration démocrate, ils gagnent un temps précieux et peuvent ainsi
intensifier leur lobbying au Sénat, à la Chambre des représentants et à la
Maison Blanche. Indéniablement ce premier discours sur l'état de l'Union devant
les deux chambres réunies au Capitol arrivait à point nommé pour un orateur
aussi brillant et politique que Barack Obama. A l'écoute de cette adresse au
peuple américain, force est de constater que la volonté de changer les
États-Unis est toujours la.
Toute la spécificité de Barack Obama est
la. Il « est » l'histoire avant même de l'écrire. Ainsi il devient prix Nobel
de la paix 9 mois à peine après sa prise de fonction. Une distinction non pas à
postériori, mais à priori « pour ses efforts extraordinaires en faveur du
renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les
peuples ». Une récompense pour sa vision du monde et un appel à l'action bien
plus qu'une consécration. Déjà son élection en novembre 2008 était un tournant
historique surprenant. Fin symbolique du racisme qui a marqué l'histoire
étasunienne, de l'esclavage jusqu'à la relégation sociale en passant par la
ségrégation raciale. Bannissement du néo-conservatisme de Bush fils qui a
souillé à jamais la face du monde. Renouvèlement du progressisme étasunien plus
en phase avec l'Amérique admirée des idéaux révolutionnaires de 1776.
Le lion du Sénat
est mort. Ted Edward Kennedy, frère de John et de Robert, est mort à l'âge de
77 ans d'une tumeur du cerveau près d'un demi siècle après sa première élection
au Sénat des États-Unis d'Amérique. Quand « Teddy » est élu en 1962 comme
sénateur du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy est à la Maison Blanche
depuis un an et lance la conquête spatiale par son discours « Nous avons choisi
d'aller sur la lune ». L'Amérique est encore largement ségrégationniste et
raciste, même si le mouvement des droits civiques emmené par Martin Luther King
obtient ses première victoires. JFK renforce l'engagement militaire étasunien
dans la guerre du Viêt Nam, semant les graines du pacifisme étudiant et la
nouvelle gauche des années 1970. Quand Ted Kennedy décède en 2009, les USA ont
un président métisse progressiste, veulent retourner sur la Lune pour un jour
marcher sur Mars et se désengagent du « nouveau Viêt Nam » irakien. Entre ces
deux dates, 46 ans de lutte pour la justice sociale et contre la pauvreté.
« La campagne pour réformer le système de
santé en 2009 est le plus grand test pour notre mouvement depuis les dernières
élections ». Barack Obama mobilise avec vigueur ses troupes pour ce qui
s'annonce (déjà) comme le moment crucial de son mandat. Les 46 millions
d'américains qui sont dépourvus de couverture médicale attendent cette réforme
depuis 15 ans. En effet, Hillary Clinton mandatée par Bill Clinton pour
réformer le système de santé en 1993, avait dû céder face au harcèlement
incessant des lobbys pharmaceutiques et assurantiels dès 1994. La gauche
étasunienne va donc sans doute mener sa plus grande bataille politique depuis
la fin du mouvement des droits civiques en 1968. Les républicains, les lobbys
aiguisent leurs armes criant déjà « Non au socialisme ».
En huit semaines, même pas un printemps, le
monde a basculé dans la peur-panique quant à l'éventualité d'une pandémie
massive et historique causée par la grippe A. Communiqués officiels alarmistes,
décisions politiques radicales, tourbillons médiatiques, ruées sur les boîtes
de Tamiflu. Le contraste est saisissant avec des chiffres faisant état d'une
propagation « modeste » deux mois après le premier cas avéré de grippe A au
Mexique : 22 000 cas confirmés dans 65 pays de par le monde et 125 décès sur
l'ensemble du globe selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France
on compte 58 cas avérés d'après l'Institut de veille sanitaire (IVS). La
question de la réalité et de la dangerosité de cette pandémie est donc
clairement posée.





