Bonnet enfoncé sur la tête, barbe de
trois jours trahissant un tropisme boboïsant et l'Huma Dimanche fièrement mis
au devant de la poitrine. Sur un marché parisien, ce militant communiste, la
trentaine, a l'assurance et le calme de ceux dont les convictions sont
inébranlables. Cet idéalisme quasi-béa n'empêche en rien l'ultra-réalisme
électoral, au contraire : « Il faut être honnête, le Parti de gauche nous
sert juste a grappiller les 1 ou 2 points qui nous manquent pour être sûr
d'être au dessus de la barre des 5% ». Après une pause, il poursuit :
« Ce sont rien d'autre que des chieurs, il faut voir comment ils nous ont
emmerdé pour les listes aux régionales, résultat c'est un bordel
incompréhensible ». Depuis sa création en février 2009, le Parti de gauche (PG)
a fait de « l'union de l'autre gauche » la mère de toutes les
batailles. Dans les faits, partout ou il passe, la gauche radicale – et même la
gauche tout court – est encore un peu plus morcelée.
Les entreprises humaines sont vouées à
disparaître, les organisations politiques peut-être plus que les autres. Le
Mouvement des jeunes socialistes créé en 1993 est au bord du gouffre. Parler
des jeunes socialistes, c'est déjà s'adresser à un public extrêmement
restreint, une « niche » politique de 5300 militants aujourd’hui
alors que l'organisation affirmait en avoir 10 000 au lendemain du mouvement
anti-CPE. Au congrès de Grenoble les 20, 21 et 22 novembre dernier le MJS avait
l'ambition de porter « la gauche au sommet ». Mieux, depuis lors sa
nouvelle présidente Laurianne Deniaud prétend faire table rase du passé au sein
de l'organisation, jouant à fond la partition du « plus rénovateur que moi
tu meurs ». Les jeunes socialistes peuvent-ils vraiment se rénover ?
C'est fait. Les camarades socialistes
ont fourni à la direction du PS la décoration, l’outillage et la quincaillerie
de la rénovation. Martine Aubry, telle une Valéry Damido du socialisme, à
maintenant un mandat clair pour ravaler la « vielle maison »
socialiste. La participation, enjeu de cette consultation interne, a été
décevante à Paris mais importante en province. Plus de 92 000 militants
qui se déplacent pour un projet positif, c’est un signal fort. Aucune autre
force politique française ne peut se targuer d’une telle puissance
démocratique. En nombre de militants c’est un record pour un référendum interne
depuis 1995, excepté de vote houleux sur le TCE à l’automne 2004. Les
tentatives de déstabilisation de certains barons conservateurs (sur le
non-cumul des mandats), ou autres apparatchiks (sur les primaires à gauche) ont
été balayées avec respectivement 68% et 72% des voix.
Le vert est à nouveau tendance. Alors
qu'il y a encore deux ans les Verts étaient une espèce en voie de disparition
politique, il sont aujourd'hui dans un cycle de régénération depuis leur
éclosion électorale au sein d'Europe écologie (EE) lors des européennes du
printemps dernier (16,28 % simplement à 0,2% du Parti socialiste). Fini les
querelles intestines à n'en plus finir des Verts. Au diable les divisions
historiques du mouvement écologiste entre : associatifs et politiques,
apolitiques et progressistes, réalistes et radicaux. Les écologistes en général
et les Verts en particulier sont sur un petit nuage, qui plane très haut dans
le ciel politique français. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, nie
toute ébriété électorale prônant « beaucoup de modestie, beaucoup de
responsabilité ». Et les écolos en auront besoin car ils font face à une
véritable quadrature du cercle.
Éloquence de l'avocat, œil charmeur et
accent bourgeois. On a tendance à ne voir en Arnaud Montebourg qu'un ambitieux
éléphanteau socialiste de plus. Pourtant il ressemble terriblement au François
Mitterrand dénonçant en 1964 « Le Coup d'État permanent » gaulliste.
Surtout le député de Saône-et-Loire a mené en 10 ans trois combats qui ont
revigorés la gauche : la Convention pour la 6e République (C6R), la mission
parlementaire contre le blanchiment d'argent en Europe, le rapport pour des
primaires « ouvertes et populaires » à gauche. Malgré ses
« bifurcations » politiques, Arnaud Montebourg est utile à la gauche
et indispensable au PS. Le « jeune lion » socialiste doit donc respecter le
mandat unique parlementaire en démissionnant de la présidence du conseil
général de Saône-et-Loire.
Ah, le nombre de soirées passées à fulminer
contre les positions droitières de Manuel Valls ! À s'égosiller contre le
tressage de lauriers pro-Sarkozy du député-maire d'Evry. À être vert de rage
après le torpillage en règle du Printemps des libertés du PS et mort de honte
du fait de sa présence dans le cortège d'un 1er mai tout sauf honteux pour les
socialistes. Alors quand Valls a raison autant le dire. Oui la gauche doit
devenir « post-Lang » en matière de culture. Le droit d'inventaire du
mitterandisme ne souffre d'aucune exception. Assez de cette bien pensance issue
des années 1980 qui conduit à soutenir l'inique loi HADOPI en 2009. Comme l'a
dit l'association RéSo « (...) ce texte porte frontalement atteinte aux
libertés individuelles et n’apporte aucune solution aux problèmes posés au
monde culturel par les évolutions technologiques ». Le vrai combat de gauche
c'est celui pour une culture des créations qui s'émancipe du carcan du marché.
Le vrai combat de gauche c'est celui pour des cultures accesibles à tous,
notamment aux classes populaires.
Dans son éditorial du 4 mai 2009 dans Libération,
Laurent Joffrin est limpide: le Parti socialiste doit s’allier avec le MoDem
dans une « grande coalition de l’après sarkozysme ». Cette stratégie en dehors
d’une « combinaison d’appareils », qui intégrerait aussi les gaullistes sociaux
et les écologistes serait la seule à même d’empêcher un second mandat de
Nicolas Sarkozy. Mieux, par l’adoption d’une stratégie verticale peuple contre
élites, en lieu et place d’une opposition horizontale gauche contre droite, on
abattrait le néo-libéralisme chancelant. Le côté « pavé dans le mare » de cet
édito ne doit pas effacer sa principale portée. Le retour anachronique de la
stratégie du radis façon radical-socialisme. Le rouge dehors (l’après Sarkozy,
l’après libéralisme), blanc dedans (le pot-pourri politique, le centrisme).
La
dernière grande campagne du Mouvement des jeunes socialistes ? Un bide passé
sous silence. « C’est pas notre guerre !!! », contre l’envoi supplémentaire de
troupes françaises en Afghanistan a tout juste récolté quelques centaines de
signatures. Aujourd’hui le site de la campagne a fermé, sans laisser de traces,
même chez l'agence Zenhysteria qui l'a conçu. Une erreur politique isolée ?
Non. Le journal officiel du MJS, « Le temps des conquêtes », ne fonctionne
plus. Tout juste sert-il à envoyer les textes officiels des congrès. Le
président du mouvement depuis 2007, Antoine Detourné, est transparent. Les
trois quarts des socialistes sont incapables de citer son nom. Le MJS fondé en
1993 se meurt-il ?





